
14 novembre 2013 – lettre ouverte – Boissons énergisantes
Monsieur le Ministre,
L’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) a pris connaissance de la réponse du gouvernement à la pétition déposée le 18 septembre 2013 sur les boissons dites énergisantes. Nous souhaitons donc, par la présente, vous exprimer notre déception quant à la décision du gouvernement de ne pas prendre action dans cette problématique émergente.
Même si, à l’heure actuelle, au Québec, les boissons énergisantes ne sont pas encore reconnues comme un problème de santé publique, les effets néfastes à la santé de leur consommation sont de plus en plus connus. Étant donné leur haute teneur en caféine, la consommation de boissons énergisantes peut entraîner de la tachycardie, des palpitations, de l’insomnie, de l’agitation, de la nervosité, des tremblements et des maux de tête . De plus, puisqu’elles font également partie de ce que nous qualifions de boissons sucrées, elles sont liées à l’obésité, au diabète de type 2, au syndrome métabolique, à l’hypertension, aux maladies cardiovasculaires, à la détérioration de la santé dentaire pour n’en nommer que quelques uns.
En ce qui concerne leur marketing, nous savons que le marché des boissons énergisantes est en croissance et que les jeunes font partie des cibles de l’industrie . À titre d’illustration, il se consommerait environ 7 millions d’unités de boissons énergisantes par mois au Canada . Par exemple, dans les dépanneurs et les stations-services, les ventes de boissons énergisantes au Canada ont augmenté de 14% entre 2009 et 2010 et d’un autre 15% entre 2010 et 2011 . De plus, les cas d’incidents liés à la consommation de ces boissons se multiplient à un point tel qu’au mois d’août dernier, des experts mentionnaient que : « lorsqu’un patient se présente à l’urgence parce qu’il souffre de palpitations, l’une des premières questions qu’on lui pose est: Est-ce que vous avez consommé des boissons énergisantes dans les dernières heures? » .
Pourquoi attendre que la prévalence de cette problématique devienne si importante avant d’agir, particulièrement auprès des jeunes. L’INSPQ mentionne dans son rapport plusieurs importantes préoccupations liées à la consommation de ces boissons chez les jeunes (boissons sucrées, mélange avec l’alcool, marketing ciblant les jeunes, etc.). On mentionne entre autres que la consommation de ces boissons devrait être évitée chez les enfants et évitée ou limitée chez les adolescents. Pourtant, on les retrouve au dépanneur, à l’épicerie et même à la pharmacie, au côté de boissons sucrées facilement accessibles pour tous. Le Québec pourrait-il, comme l’a fait la France, invoquer le principe de précaution et imposer une taxe spéciale sur ces boissons .
Pour l’ASPQ, une taxe sur les boissons énergisantes permettrait d’envoyer un signal à la population que ces boissons ne sont pas inoffensives. Toutefois, d’autres mesures devraient également être considérées, par exemple : une interdiction de vente aux mineurs, limiter les lieux de mise en marché, une application plus rigoureuse de l’interdiction de vente de boissons énergisantes additionnées d’alcool et l’imposition d’une redevance sur les boissons énergisantes. Ces mesures doivent s’inscrire dans un continuum d’actions menées par diverses instances, mais le Gouvernement du Québec se doit de donner un signal clair afin de protéger les jeunes des dangers liés à la consommation de ce produit.
Veuillez agréer, monsieur le Ministre, mes sincères salutations,
Lilianne Bertand
Présidente