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Situation au Québec

Un électrochoc nommé Covid-19

En nous forçant à nous adapter à plusieurs niveaux, parfois avec un certain succès, parfois moins, la pandémie de Covid-19 a bousculé notre modus operandi et nos habitudes. Nous avons dû apprendre — ou réapprendre — d’autres façons de s’instruire, de travailler, de se divertir, d’être en famille, de socialiser, de se déplacer, etc. Vivre autrement a aussi été l’occasion pour plusieurs de remettre en question leur rythme habituel, de redéfinir leurs priorités de vie et d’expérimenter et apprécier un certain ralentissement.

La pandémie n’est pas encore terminée et nous n’avons pas fini d’analyser tous ses impacts. Néanmoins, avec le système de soins qui déborde et la santé physique, mentale et sociale qui a été fortement éprouvée, prendre le temps d’explorer les apprentissages individuels et collectifs qui résultent des expériences vécues depuis plus de deux ans pourrait contribuer à une santé plus durable. Parmi ces leçons, celle du ralentissement et de ses effets suscite un grand intérêt.

Métro — boulot – dodo

Le confinement a transformé la routine de plusieurs Québécois·es de façon permanente par l’implantation marquée du télétravail ou d’un mode hybride alternant le travail au bureau et celui à domicile. Selon des données récentes publiées par Statistiques Canada, près du quart des Canadiens travaillaient désormais exclusivement à partir de leur foyer en janvier 2022, après avoir connu une pointe de 40 % au plus fort de la pandémie, en 2021. Depuis 2016, ce pourcentage de télétravailleurs a augmenté de 17 %. Plusieurs personnes rapportent depuis des effets positifs sur la conciliation travail-vie personnelle et le temps de déplacements quotidiens. En allant au bureau moins souvent, des personnes se permettent aussi de troquer la voiture par un moyen de déplacement plus lent, mais agréable et sain, comme le vélo, la course ou la marche. En cumulant les changements de comportement individuels, le télétravail pourrait réduire le nombre de voitures sur la route et contribuer à diminuer les émissions de gaz à effet de serre ainsi que le temps passé dans le trafic pour celles et ceux qui restent.

De plus, en rompant les liens avec un lieu physique de travail, le télétravail a également entraîné une migration interrégionale qui a permis de revitaliser des régions québécoises plus éloignées des grands centres. Le désir de conserver un autre rythme de vie, incluant davantage de loisirs en nature ou des paysages apaisants, a parfois motivé ces déménagements.

En revanche, le télétravail n’a pas que des bénéfices. Ce mode de travail peut aussi amener une pression à faire davantage de tâches domestiques que les autres membres du ménage travaillant à l’extérieur, une difficulté à déconnecter du boulot et une pression de performance pour certain·e·s.

Le droit à la déconnexion est même devenu une revendication de salarié·e·s dans divers pays depuis l’implantation à grande échelle du télétravail avec la pandémie. L’utilisation généralisée des moyens de communication virtuels et la pénurie de main-d’œuvre ont été propices à ce que ces revendications soient entendues. Pour l’instant, au Canada, seul l’Ontario a légiféré à cet effet en juin 2022. Cette province a adopté une loi qui oblige les entreprises comptant 25 employé·e·s ou plus à avoir des politiques qui tiennent compte du besoin de repos des travailleurs. Au Québec, aucune mesure spécifique liée au droit à la déconnexion des travailleurs n’a été mise de l’avant. Toutefois, certaines dispositions de la Loi sur les normes du travail, du Code civil du Québec, de la Loi sur la santé et la sécurité du travail et de la Charte des droits et libertés de la personne comprennent certains principes relatifs au temps de travail, au droit à la vie privée ainsi qu’à la santé et à la sécurité au travail.

En somme, dans le réaménagement de nos horaires professionnels et personnels, au cœur de la crise et après son atténuation, avons-nous accordé suffisamment de temps suffisant pour répondre à nos besoins de base : manger, dormir, offrir une présence attentive à nos proches, avoir des loisirs ? Quelle place réservons-nous aux pauses et aux vacances ? Pourquoi espérer donner son 110 % si cela est au détriment de sa santé et de sa qualité de vie ?

Loisirs, qualité de vie et productivité 

La découverte — ou la redécouverte — de loisirs contemplatifs ou de proximité, facilement accessibles près de la maison, fait aussi partie des conséquences de la pandémie qui pourraient avoir des retombées positives sur notre santé et notre bien-être.   Les voyages et plusieurs sorties devenus inaccessibles et un grand besoin de faire le plein de belles choses pour compenser la tristesse de la situation ont amené plusieurs personnes à explorer d’autres façons de se faire plaisir comme la marche, le vélo, le jardinage, la cuisine (le fameux pain !), la pêche, l’art, la photographie et autres. L’autoapprentissage de nouvelles activités a aussi été favorisé pour la multiplication des tutoriels gratuits et accessibles en ligne. Les impacts de ces explorations restent à voir. Par exemple, faire de la marche ou du vélo comme loisirs a-t-il pu susciter l’envie de s’offrir le temps de les intégrer dans notre quotidien en choisissant de se déplacer autrement ?

En parallèle, la fermeture forcée de nombreux loisirs a aussi amené des parents à revoir l’horaire de fin de semaine de leurs enfants qui participent à plusieurs cours et activités, remettant ainsi en question leur rôle de parent taxi et leur hyperparentalité, soit cette tendance de ces derniers à en faire trop pour leurs enfants, ou à vouloir tout bien faire pour eux, et à leur place. Cela a réveillé certains débats sur les bénéfices de l’ennui, du jeu libre et des moments de pauses pour les jeunes. La réflexion mérite que l’on s’y attarde.

Enfin, face à un désir de performance, les pauses, les vacances, les loisirs et les déplacements actifs comme la marche, la course ou le vélo peuvent être vus comme des pertes de temps. Ceux-ci ont toutefois le pouvoir de nous rendre plus productives et productifs. Et si s’arrêter ou ralentir permettait de mieux travailler ?

Repenser la société de consommation

Le ralentissement commercial forcé n’a pas eu que des conséquences économiques désastreuses pour les propriétaires de commerces et les personnes qui y travaillent. L’expérimentation imposée de la fermeture des commerces non essentiels le dimanche a notamment été une voie de salut pour certaines entreprises. Un sondage CROP révélait en août 2021 que deux Québécois sur trois étaient d’accord avec cette fermeture hebdomadaire de façon permanente. Plusieurs entreprises ont aussi souligné que cette intervention, si elle était généralisée dans leur secteur et parmi la compétition, serait un baume pour souffler davantage en période de pénurie de main-d’œuvre et pour s’offrir des pauses. Si l’enjeu divise, il mérite réflexion.

Le désir de distanciation sociale qui a amené à moins de visites dans les magasins, les difficultés d’approvisionnement, la crise climatique et maintenant l’inflation amène aussi davantage de réflexions sur le rythme de notre consommation et sur les biens essentiels ou superflus pour notre qualité de vie. Plus nous consommons, plus des gens doivent produire et gérer les déchets qui en découlent, plus il faut de bras ou faire pression sur ceux qui travaillent.

Ralentir durablement pour notre santé et celle de notre planète

Maintenant que la pandémie s’estompe, plusieurs voix s’élèvent pour que les apprentissages réalisés et les acquis obtenus depuis le fatidique 13 mars 2020 ne se perdent pas. Avec la crise climatique et la santé mentale mise à mal, de plus en plus de gens évoquent ainsi l’idée de repenser notre rythme de vie pour lui donner la juste vitesse en fonction d’une santé durable. Ralentir, ce n’est pas forcément synonyme de lenteur ! C’est plutôt trouver la bonne vitesse pour soi et les personnes qui nous entourent.

Nos objectifs

Informer sur les effets du ralentir sur la santé physique, mentale et sociale.

Enquêter sur la perception du ralentir au Québec.

Sensibiliser la population aux bienfaits du ralentir sur la santé durable.

Nos actions

Réalisé en partenariat avec la Société de l’assurance automobile du Québec, le projet Ralentir vise à collecter, développer et partager un savoir commun sur la prévention des maladies et traumatismes ainsi que la promotion de la santé par le ralentissement.

Différentes thématiques liées à la santé publique seront documentées par l’angle du ralentissement afin de trouver des solutions durables pour notre santé et celle de notre planète.

À travers la mise en place d’un groupe de travail (Groupe Ralentir), de recherches, de cumul d’expériences, de sondages et d’échanges, le projet rassemblera des actrices et acteurs de différents milieux pour établir un bilan de la situation actuelle et réfléchir collectivement aux enjeux du ralentissement dans plusieurs facettes de la vie et sensibiliser la population aux bénéfices possibles.

Mains levées

Avis de recherche !

Nous invitons les organismes et les citoyen·ne·s du Québec interpellé·e·s par l’un ou l’autre (ou l’ensemble) des aspects du ralentissement à nous contacter afin de contribuer au développement de ce projet. Nous voulons d’abord réfléchir et réaliser le bilan de la situation actuelle et l’état des connaissances.

Vous souhaitez vous mobiliser pour ce projet innovant ou vous connaissez des personnes issues des milieux communautaires, des arts, de la culture, des affaires, de l’éducation, de l’aménagement urbain, de la santé ou autres qui ont cette préoccupation du ralentissement et qui ont envie de partager leurs savoirs, expériences et réflexions ? Communiquez par courriel à l’adresse suivante : iletourneau@aspq.org pour manifester votre intérêt.