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Respirer, un geste banal aux effets bien réels sur notre santé

Respirer, un geste banal aux effets bien réels sur notre santé


Chaque jour, nous respirons environ 20 000 fois sans même y porter attention. Ce geste automatique nous rattache pourtant à notre environnement, car l’air que nous respirons influence directement notre santé, souvent de manière invisible.

Tout le monde a un rôle à jouer pour améliorer la qualité de l’air que nous respirons : la pollution atmosphérique est étroitement liée à l’aménagement de nos milieux de vie, à nos choix de mobilité et à nos actions pour lutter contre les changements climatiques.



Les effets multiples de la pollution sur la santé humaine

L’exposition, à court ou à long terme, à la pollution atmosphérique est bien documentée dans la littérature scientifique comme un facteur responsable d’exacerbations et/ou du développement de plusieurs problématiques de santé. Leurs impacts imposent une facture collective allant jusqu’à 120 milliards $ par année au Canada et jusqu’à 4 300 décès prématurés annuellement au Québec (1). Il est largement reconnu que la pollution atmosphérique :

  • Participe au développement de diverses maladies cardiovasculaires (accident vasculaire cérébral, infarctus, arythmie, etc.) (2) ;
  • Contribue à des troubles respiratoires (asthme, bronchite chronique, etc.) (1) ;
  • Augmente les risques du cancer du poumon (3).

En plus de ces impacts, de plus en plus d’études suggèrent des liens avec l’apparition de maladies neurodégénératives (Parkinson et Alzheimer) (4) ou métaboliques (diabète de type 2) (5), d’autres formes de cancers (sein, prostate, leucémie infantile, etc.) (3), le déclin des capacités cognitives (6), ainsi que des troubles de reproduction (7) et/ou de développement de l’enfant (8).

Par ailleurs, certaines populations comme les personnes présentant des maladies chroniques, les personnes enceintes, les enfants en bas âge et les personnes aînées sont plus à risque de subir les effets de la pollution atmosphérique (9, 10).

Somme toute, il est évident que les enjeux de santé liés à la qualité de l’air sont préoccupants et reflètent ainsi la nécessité d’agir collectivement pour un air plus sain.



Qualité de l’air et changements climatiques : des enjeux indissociables

La problématique de la qualité de l’air est aussi intimement liée à celle des changements climatiques, car elles possèdent toutes deux une source commune majeure : la combustion des énergies fossiles.

Par exemple, les véhicules émettent à la fois du dioxyde de carbone (CO₂), qui est largement responsable des changements climatiques, et des polluants atmosphériques comme les particules fines (PM2,5) et le dioxyde d’azote (NO₂), reconnus pour leurs effets néfastes sur la santé humaine. Cette logique s’étend à plusieurs secteurs d’activité humaine : les activités industrielles, le chauffage résidentiel, la production énergétique, etc. Ainsi, il y a un point commun entre la dégradation de la qualité de l’air et les changements climatiques.

À travers ces liens étroits, les mesures de réduction des émissions de polluants atmosphériques ou de gaz à effet de serre permettent de générer des bénéfices conjoints autant pour le climat que pour la santé de la population.

Ces bénéfices sont d’autant plus importants quand on considère la contribution spécifique des changements climatiques à la dégradation de la qualité de l’air pour la santé : formation de smog d’été lors d’épisodes de vagues de chaleur (11), augmentation des feux de forêt (12), allongement de la saison de pollen (13, 14), etc.



Le rôle central du transport et de l’aménagement du territoire

Selon des travaux réalisés par Santé Canada, la pollution atmosphérique issue spécifiquement du transport routier engendre des impacts importants sur la santé humaine. À l’échelle provinciale, les coûts attribuables à la mortalité et à la morbidité qui y sont associés sont estimés à 3,1 milliards $ (15).

Le secteur du transport contribue aux émissions de pollution atmosphérique notamment à travers l’émission de matières particulaires et de dioxyde d’azote. La dispersion de ces contaminants dans l’atmosphère s’effectue de manière graduelle; leurs concentrations demeurent temporairement plus élevées à proximité des sources d’émission avant de diminuer progressivement dans l’environnement.

Ainsi, la proximité des milieux de vie de la population face aux sources de pollution correspond à un enjeu d’intérêt prioritaire lorsqu’il s’agit de leurs effets sur la santé humaine. Or, 43 % de la population québécoise réside à moins de 250m d’une route à circulation élevée et 48 % des écoles primaires et secondaires se trouvent à moins de 200m (16).

Face à ces constatations, l’ASPQ plaide pour faire de l’aménagement urbain un levier essentiel pour protéger la santé de la population, que ce soit par la promotion de la mobilité active et collective ou par l’organisation et l’adaptation de nos milieux de vie.



Des leviers d’action concrets pour un air plus sain

Plusieurs stratégies déjà présentes dans certaines régions, peuvent être déployées à différents niveaux afin de limiter les expositions de la population à la pollution atmosphérique.

Au niveau politique, les opportunités sont nombreuses : renforcement de réglementations, mise à jour des normes, élaboration de politiques, mise en place d’incitatifs économiques, etc. Il est également possible d’envisager d’améliorer les aspects de communication auprès de la population pour que celle-ci puisse plus facilement adopter des comportements protecteurs lorsque nécessaire. Par exemple :

  • Accroître le réseau de stations de mesure de la qualité de l’air au Québec ;
  • Effectuer une révision de l’indice de qualité de l’air afin de mieux refléter les risques sur la santé pour la population ;
  • Développer un système d’alerte populationnelle lors de dépassements significatifs des normes de pollution atmosphérique ;
  • Co-construire des recommandations adaptées aux populations à risque et vulnérables, etc.

Des stratégies peuvent aussi être déployées avec succès à l’échelle locale, par exemple :

  • L’implémentation de collectivités zéro émission nette (ZeN), telles qu’observées à Laval, à Rimouski et dans d’autres municipalités, contribue notamment à limiter l’exposition à la pollution atmosphérique, en détournant la circulation des véhicules hors des zones densément peuplées et en améliorant les pratiques de zonage des secteurs industriels ;
  • L’encadrement du chauffage au bois, tel qu’effectué à Québec et à Montréal, contribue à réduire de manière significative l’exposition aux particules fines, particulièrement lors de période à risque de smog hivernal.

Quoiqu’il en soit, la réduction à la source reste l’action la plus efficace pour protéger la population. En ce sens, la promotion et le financement des transports actif et collectif, l’amélioration de l’efficacité énergétique ainsi que la décarbonation et la transition énergétique représentent les avenues d’intérêt prioritaire afin de lutter simultanément contre les changements climatiques et la dégradation de la qualité de l’air.

Améliorer la qualité de l’air relève de tous : décideurs, citoyens et industries.


Ensemble, osons protéger la santé et investir collectivement dans un air sain.


Cet article a été rédigé par l’équipe Santé et climat de l’ASPQ. L’équipe travaille principalement sur des enjeux d’atténuation, d’adaptation et de transition juste afin que la santé publique soit un levier dans l’action climatique. 


Cliquez ici pour en savoir plus.

Découvrez aussi notre campagne santé:climat.

Références

  1. Santé Canada. (2024). Impacts de la pollution atmosphérique sur la santé au Canada en 2018 – rapport 2024
  2. US EPA. (2021). Air Pollution and Cardiovascular Disease Basics
  3. De Guzman, R., & Schiller, J. (2025). Air pollution and its impact on cancer incidence, cancer care and cancer outcomes
  4. Wang, J., Ma, T., Ma, D., Li, H., Hua, L., He, Q., & Deng, X. (2021). The Impact of Air Pollution on Neurodegenerative Diseases
  5. Li, Y., Xu, L., Shan, Z., Teng, W., & Han, C. (2019). Association between air pollution and type 2 diabetes: An updated review of the literature
  6. Zhang, X., Chen, X., & Zhang, X. (2018). The impact of exposure to air pollution on cognitive performance
  7. Nieuwenhuijsen, M. J., Basagaña, X., Dadvand, P., Martinez, D., Cirach, M., Beelen, R., & Jacquemin, B. (2014). Air pollution and human fertility rates
  8. World Health Organization. (2018). Air pollution and child health: Prescribing clean air
  9. Gouvernement du Québec. (2025). Effets de la pollution de l’air sur la santé
  10. Environnement et Changement Climatique Canada. (2007). Risques pour la santé associés à la pollution de l’air
  11. Environnement et Changement Climatique Canada. (2004). Smog
  12. Chen, H., Kaufman, J. S., Chen, C., Wang, J., Maier, A., Dijk, A. van, Slipp, N., Rana, J., MacIntyre, E., Su, Y., Kim, J., & Benmarhnia, T. (2025). Impact of the 2023 wildfire smoke episodes in Ontario, Canada, on asthma and other health outcomes: An interrupted time-series analysis
  13. World Health Organization. (2025). Climate change, air pollution, pollen and health: Technical brief
  14. Institut National de Santé Publique du Québec. (2024). Pollens allergènes
  15. Santé Canada. (2023). Impacts sur la santé de la pollution de l’air au Canada provenant du transport, de l’industrie et de la combustion résidentielle (information archivée).
  16. Santé Canada. (2022). Exposition à la pollution atmosphérique liée à la circulation automobile au Canada: Une évaluation de la proximité des populations aux routes (information archivée).