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// Lettre ouverte

Agir en amont pour mieux aider nos familles

La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) serait-elle devenue le service par défaut des familles qui ont besoin d’aide ? Les données dévoilées le 19 juin dernier peuvent laisser cette impression.

Le nombre de signalements traités est en hausse : une augmentation de 5 % par rapport à l’année précédente. Et cette tendance n’est pas nouvelle. Depuis 20 ans, le recours aux services de la DPJ ne cesse d’augmenter.

Certains y voient le signe que la société québécoise se préoccupe de plus en plus du bien-être des enfants. Il n’est pas question ici de repousser cette affirmation. Toutefois, elle occulte une réalité : le manque de services pouvant prévenir l’intervention de la DPJ dans la vie des enfants.

Quand la DPJ devient le seul filet de sécurité

Le ministre Lionel Carmant le reconnaît lui-même : des régions sont moins bien desservies par des services préventifs, capables d’éviter l’intervention de la DPJ. Ce manque de services peut faire de la DPJ la première ressource vers laquelle se tourner, faute d’alternatives. Pourtant, il ne s’agit pas de sa mission, c’est-à-dire d’intervenir lorsque la sécurité et le développement d’un enfant sont en danger.

Le manque de ressources misant sur le soutien des familles qui vivent des situations difficiles fait trop souvent de la DPJ l’unique filet de sécurité pour ces enfants.

Il est possible de renverser cette tendance.

L’enfance, un moment décisif

Comment peut-on agir en amont pour prévenir des signalements ?

L’enfance est une période décisive : chaque geste posé tôt dans la vie d’un enfant peut faire une différence immense. C’est un moment en or pour soutenir les familles, bâtir des bases solides et éviter bien des drames.

Comme l’a si bien dit Lesley Hill, directrice nationale de la protection de la jeunesse : « On ne peut pas aider les enfants sans aider leurs familles. »

Santé Québec : une occasion à saisir

À l’Association pour la santé publique du Québec, nous travaillons depuis des décennies et encore aujourd’hui à faire valoir l’importance de la promotion et de la prévention en santé et bien-être. La majeure partie des ressources est consacrée à réparer, alors qu’il est plus efficace, et moins coûteux, d’agir plus tôt. Le rapport du 19 juin dernier démontre que cela a des impacts importants sur nos enfants.

La création de Santé Québec nous offre une chance unique : celle de revoir notre manière de penser la santé. Replacer la mission sociale au cœur du réseau. Repenser le rôle du ministère de la Santé et des Services sociaux. Redonner toute sa place à la prévention.

Plusieurs organismes sont déjà engagés dans cette voie

Concrètement, il s’agit d’outiller les adultes qui entourent les enfants : parents, enseignants, éducateurs, intervenants communautaires pour qu’ils deviennent un filet de sécurité. Il s’agit d’investir dans des ressources accessibles, gratuites, adaptées aux réalités du terrain, qui permettent d’agir avant que les difficultés ne deviennent des urgences. Il s’agit de soutenir les milieux de vie des enfants pour qu’ils deviennent des environnements qui favorisent leur bien-être et leur sécurité.

Et ça fonctionne.

On le sait : quand des mesures de prévention en santé sont mises en place dans les écoles, dans les centres communautaires, en collaboration avec les familles, on peut répondre aux besoins d’une majorité d’enfants. Sans avoir recours aux services spécialisés. Sans en arriver aux signalements.

La DPJ ne peut être, à elle seule, la responsable de la santé et du bien-être de nos enfants.

La responsabilité de la santé et du bien-être des enfants ne peut reposer uniquement sur la DPJ.

Si ce défi est collectif, la solution l’est tout autant.

Tristan Péloquin, chargé de projets en santé mentale à l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ)